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Cette page est composée d’extraits du livre « Fatima, message de tragédie ou d’espérance » de Antonio A. Borelli, diffusé par la TFP française, dans son édition de 2001, augmenté du texte et des commentaires de l’auteur sur la troisième partie du secret du message de Fatima. Ce livret reprend également le texte de la préface de ce même livre, écrite par la TFP française. Pour le récit complet des apparitions et du message de Fatima, le lecteur voudra bien se référer au livre.
La très large diffusion de ce livret fait partie de la grande campagne menée par la TFP « La France a besoin de la Sainte Vierge », visant à faire connaître le plus largement possible dans notre pays le message de Fatima.
Son impression et sa diffusion sont rendues possible grâce au soutien actif de ses dizaines de milliers de donateurs, qui par leur action concrète et leurs prières sont d’authentiques apôtres de Marie. Qu’ils en soient ici chaleureusement remerciés.
Pour obtenir gratuitement d’autres exemplaires de ce texte sous forme d'un livret, écrire à : TFP, 6 avenue Chauvard, 92600 Asnières.
Le sceptique qui aujourd’hui entend parler de Fatima se demande peut-être :
– Quel est l’intérêt du Message de Fatima pour l’humanité contemporaine ?
– Après la révélation de la troisième partie du secret, ce message a-t-il encore une actualité et que peut-il nous dire ?
– Les « erreurs de la Russie », c’est à dire le communisme, ont-elles cessé d’être une menace après la chute de l’URSS ?
En réalité, le message de la Sainte Vierge délivré à Fatima est la clé pour comprendre, non seulement le XXe siècle, mais aussi les jours que nous vivons et ceux à venir.
La Mère de Dieu parla à trois petits bergers – Lucie, Jacinthe et François (ces deux derniers ont été béatifiés le 13 mai 2000) – et, à travers eux, au monde entier. Elle les a chargés essentiellement de communiquer à l’humanité sa profonde affliction devant l’impiété et la corruption des hommes. Si ceux-ci ne s’amendaient pas, ajoutait la Sainte Vierge, il viendrait un terrible châtiment.
Le XXe siècle parvenu à sa fin, force est de constater que l’humanité pécheresse ne s’est pas amendée et qu’au contraire elle est aujourd’hui plongée dans une effroyable crise aux multiples aspects : crise morale, familiale, sociale, religieuse... Pour son issue, la Sainte Vierge a présenté très clairement une alternative : la conversion ou le châtiment.
D’abord, au cours de l’apparition du 13 juillet 1917, Elle a parlé du châtiment dans l’autre vie, châtiment éternel, suprême, définitif : la condamnation à l’enfer des pécheurs qui meurent sans repentir. La Mère de Dieu n’a pas craint de montrer l’enfer aux trois voyants qui n’avaient alors que dix, neuf et sept ans... Cet aspect du message de Fatima constitue le « premier secret », ou plus exactement la première partie d’un seul et même message.
La deuxième partie – ou le « deuxième secret » – concerne l’humanité soumise sur cette Terre à une grande alternative. Si les hommes « ne cessent pas d’offenser Dieu », Celui-ci « va punir le monde de ses crimes, au moyen de la guerre, de la faim et des persécutions contre l’Église et le Saint-Père ». La guerre est donc clairement présentée comme un châtiment pour les péchés des hommes. A moins qu’ils ne se convertissent. Et la Sainte Vierge précise : « Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé ».
Mais la Sainte Vierge va encore être plus précise quant au châtiment qu’Elle annonce. En effet, la Russie est indiquée comme l’instrument moteur de ces guerres : « [la Russie] répandra ses erreurs à travers le monde, propageant les guerres et les persécutions contre l’Église ».
Si les maléfices du communisme étaient les erreurs que la Russie devait répandre dans le monde, comment comprendre cette prophétie après l’effondrement de l’URSS ?
– Le programme des bolcheviques en 1917 était la mise en pratique de doctrines égalitaires, nées et développées en Europe occidentale et particulièrement en France. Ces doctrines sont apparues lors de la « conspiration des égaux », au cours du paroxysme de la Révolution française. Elles devinrent un système complet avec le « Manifeste du parti communiste » (1848), elles inspirèrent la « Commune » (1871) avec son sinistre cortège de prêtres martyrisés, d’églises profanées, de palais brûlés, de crimes et de blasphèmes perpétrés au nom de l’utopie égalitaire.
Le 13 juillet 1917 – jour de l’avertissement solennel de la Sainte Vierge au sujet des « erreurs de la Russie » – les bolcheviques eux-mêmes, pour la plupart, ne croyaient pas que cette doctrine puisse assumer immédiatement la direction de la Russie. Lénine venait de rentrer, grâce à de puissants appuis occidentaux, et le chef du gouvernement provisoire, le prince Lvov, rassurait les citoyens en affirmant que l’ex-empire des Tsars allait se fondre dans une « démocratie universelle ».
Pourtant, contre toute vraisemblance, le 7 novembre, quelques centaines de militants communistes, renforcés par des déserteurs et des aventuriers, prenaient d’assaut le pouvoir et érigeaient l’impiété et le crime massif en système de gouvernement. Immédiatement, le parti bolchevique commença à répandre « ses erreurs » dans le monde entier, confirmant ainsi les paroles de la Sainte Vierge.
Jusqu’alors, on n’avait jamais vu un gouvernement durable proposer un tel ensemble d’aberrations : l’instauration de l’égalitarisme le plus complet et la suppression de la propriété privée, le divorce et l’amour libre, l’avortement et la contraception, les « droits » des homosexuels, la « libération » des femmes, l’euthanasie, l’omniprésence de l’Etat, l’hyper-planification technocratique de la vie, la torture psychiatrique pour les dissidents, l’extermination de classes sociales entières, d’ethnies, d’opposants ou même de sympathisants mous. Tout cela ayant pour but final d’extirper des âmes toute forme de religion transcendante et d’implanter une véritable anti-religion : celle du matérialisme et du relativisme...
Pendant presque un siècle, la Russie, tel un gigantesque vaporisateur, a propagé dans le monde, jusqu’à la dernière particule, les erreurs qu’elle avait fait siennes. Aujourd’hui il semble que l’aérosol soit vide, mais le monde est contaminé... La prophétie de la Vierge de Fatima s’est donc accomplie : la plupart des erreurs qui en 1917 étaient professées seulement par les communistes sont aujourd’hui adoptées par l’ensemble des principaux partis politique du monde entier. Ces erreurs sont même considérées dans les instances internationales comme la norme à suivre. Ce sont les « erreurs de la Russie » qui se sont répandues dans le monde entier. Et même, ô douleur, elles ont atteint d’importants secteurs de l’Église catholique*. Ce qui rappelle les célèbres expressions de S.S. Paul VI sur le processus « d´autodémolition » et « la fumée de Satan dans le temple de Dieu ».
Comment ne pas voir que cet ensemble d’erreurs, appelé communisme, loin d’avoir disparu, a imbibé très profondément la France et l’Occident, sans plus avoir pour cela besoin de recourir aux blindés soviétiques ? Sous sa forme la plus avancée – parfois appelée révolution culturelle – il détruit systématiquement la tradition chrétienne, base de notre civilisation ; il mène une guerre ouverte contre la morale qui détruit jusqu’aux fondements de la famille ; enfin il promeut l’égalitarisme forcené qui cherche à supprimer jusqu’au principe même de la propriété – principe pourtant si essentiel, garant de l’institution de la famille, partie intégrante de la doctrine pontificale et protégé par deux commandements du décalogue.
En résumé, aujourd’hui le monde est plus enfoncé encore dans le péché que lors des apparitions de 1917 et les « erreurs de la Russie » ont atteint le cœur de la vie sociale et religieuse en Occident. L’appel de la Sainte Vierge à la pénitence n’a pas reçu l’accueil qu’il méritait et le châtiment pour les crimes de l’humanité s’est abattu dans un crescendo effrayant. La IIe guerre mondiale et les crimes du nazisme, les plus de 100 millions de morts dont les régimes communistes et ses alliés sont responsables, les guerres incessantes et les persécutions religieuses qui redoublent, sont des exemples criants. Alors, que doit-on en conclure ?
Et c’est justement dans cette situation dramatique par bien des aspects, que la troisième partie du message de Fatima, ou « troisième secret », a été révélé par le Saint-Siège le 26 juin 2000.
– La troisième partie est la vision d’un ange brandissant une épée de feu qui menace la Terre et crie d’une voie forte : Pénitence, pénitence, pénitence ! Ensuite le Pape, des évêques, des prêtres, des religieuses, des hommes et des femmes de toutes conditions montent, au milieu d’une ville en ruine, sur une colline où se trouve une grande croix et là ils sont martyrisés. Le sang des martyrs est recueilli par des anges qui en irriguent les âmes qui s’approchent de Dieu.
Ainsi, non seulement les funestes « erreurs de la Russie » se sont répandues en Occident et dans le monde entier, détruisant systématiquement la Civilisation Chrétienne, mais les persécutions, sanglantes ou non, se multiplient ; ceux qui manifestent et professent leur attachement aux principes immortels de la morale chrétienne, fondement de la seule vraie civilisation, sont persécutés ou le seront prochainement :
– Persécuté et puni par la loi le médecin catholique qui refusera de pratiquer un avortement ; persécuté et puni par la loi les catholiques qui affirment, comme l’enseigne le catéchisme, que la pratique de l’homosexualité est un péché contre nature ; persécuté et puni par la loi les professeurs et les directeurs d’écoles catholiques qui refusent d’enseigner le libertinage sexuel dans leur établissement ; persécutés les prêtres qui refusent de violer le secret de confession ; persécutés les chrétiens qui isolés ou réunis en association veulent faire entendre leur voix dans la société pour se faire l’écho du magistère de l’Église... sans même parler des nombreux pays où coule aujourd’hui abondamment le sang des chrétiens martyrisés.
Face à la volonté destructrice des persécuteurs de l’Église, il est sans aucun doute nécessaire d’accepter les épreuves voulues par la Providence. Il ne faut cependant pas renoncer à accomplir son devoir de soldat du Christ, caractère imprimé par le sacrement de confirmation, par lequel le catholique est « obligé ainsi plus strictement à répandre et à défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ » (catéchisme de l’Église catholique 1285). Les persécutions ne seront donc pas une occasion pour se décourager mais au contraire pour augmenter sa ferme résolution de s’opposer aux impies, et d’organiser la lutte contre les adversaires de l’Église « avec l’innocence de la colombe et l’astuce du serpent » comme l’a recommandé Notre Seigneur.
Pour éviter, dans la mesure du possible, les conséquences terribles du déclenchement final des châtiments annoncés par la Sainte Vierge, et hâter l’aurore bénie du triomphe du Cœur Immaculé de Marie – qui a été promis – nous devons recourir aux moyens indiqués : une dévotion plus fervente envers la Mère de Dieu, la prière et tout particulièrement la récitation du rosaire, la pénitence, la pratique des commandements de la Loi de Dieu. C’est seulement ainsi que se résoudra la terrible crise mondiale et que seront réunies les conditions d’une paix véritable et durable. Ce sera la paix du Christ dans le règne du Christ et plus particulièrement la paix de Marie dans le règne de Marie.
« Il se peut que ces diverses considérations – écrit le professeur Plinio Corrêa de Oliveira dans la préface pour l’édition américaine de ce livre – soulèvent en certains esprits une attitude de scepticisme, voire de mépris. Les hommes sans foi – et leurs frères, ceux de peu de foi – souriront devant ce qui leur apparaîtra comme une simplification déconcertante et même infantile, des problèmes de la société actuelle. (...) En chercher la solution dans le candide message annoncé au monde par le moyen de trois petits bergers analphabètes, leur semblera ridicule. Ou même plus, démentiel.
« Nous ne nions pas la complexité inextricable des problèmes contemporains. Nous pensons au contraire que cette complexité est telle qu’ils en deviennent humainement insolubles. (...) Et nous ne résistons pas au désir de montrer à d’éventuels sceptiques les solutions irremplaçables apportées par la Religion; de mettre à leur portée, comme à travers un trou de serrure, quelque chose de ce vaste horizon.
« Saint Augustin a décrit ce que serait une société véritablement chrétienne – la Cité de Dieu – et les bienfaits qui en résulteraient pour l’Etat. Imaginez – écrit-il – “une armée constituée de soldats comme en forme la doctrine de Jésus-Christ, des gouvernants, des maris, des épouses, des parents, des enfants, des maîtres, des serviteurs, des rois, des juges, des contribuables, des collecteurs d’impôts, comme les veut la doctrine chrétienne ! Et osez [les païens] encore dire que cette doctrine est opposée aux intérêts de l’Etat ! Bien au contraire, il vous faut reconnaître qu’elle est une grande sauvegarde pour l’Etat, quand elle est fidèlement observée” (Epist. 138 al.5 ad Marcellinum, chap.II, n15). (...)
« Au vu d’une aussi lumineuse, simple, et en même temps profonde description, nous pourrions demander à nos objecteurs : quelle est l’école politique, sociale ou économique capable d’éviter, sans le secours de la religion, l’explosion finale d’une société qui, mue par le propre dynamisme de l’incroyance et de la corruption, parviendrait à la transgression totale des principes sur lesquels se fonde la Cité de Dieu décrite par saint Augustin ? »
Nous espérons que ces quelques réflexions, rattachant le message de la Très Sainte Vierge à des questions de suprême actualité pour la France et pour le monde, aideront le lecteur à tirer le plus grand profit de cette substantielle étude sur les apparitions et le message de Fatima.
Avec Notre Dame de Fatima, « marchons vers la civilisation catholique qui naîtra sans aucun doute des décombres du monde actuel, comme des décombres du monde romain naquit la civilisation médiévale. Marchons à la conquête de cet idéal, avec le courage, la persévérance, la résolution d’affronter et de vaincre tous les obstacles, qu’avaient au cœur les Croisés qui avançaient vers Jérusalem. Si nos ancêtres ont su mourir pour reconquérir le tombeau du Christ, comment ne voudrions-nous pas – nous, comme eux, fils de l’Église – lutter et mourir pour restaurer quelque chose qui vaut infiniment plus que le très précieux Sépulcre du Sauveur : son Règne sur les âmes et les sociétés, qu’Il créa et sauva pour qu’elles L’aiment éternellement ».**
Société française pour la défense de la Tradition, Famille et Propriété – TFP –
Antonio A. Borelli
Le 26 juin 2000, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi publie le document intitulé Le message de Fatima, distribué avec un grand déploiement publicitaire dans la Sala Stampa du Vatican et via Internet, en six langues (allemand, anglais, espagnol, français, italien et portugais). La séance de la Sala Stampa est présidé par le cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la Congrégation, accompagné de Mgr Tarcisio Bertone, archevêque-émérite de Vercelli et secrétaire de la Congrégation, et retransmise en direct par la chaîne de télévision publique italienne ainsi que par d’autres chaînes de télévision du monde entier.
Le document contient diverses pièces de la plus grande importance, parmi lesquelles un Commentaire théologique, du cardinal Ratzinger, contenant une explication synthétique sur le « lieu théologique » de la révélation publique et des révélations privées dans l’Église, suivi d’une « tentative d’interprétation du “secret” de Fatima ».
Le cardinal Ratzinger, lors de la conférence de presse dans la Sala Stampa a affirmé catégoriquement que le Saint Siège ne prétendait en aucune façon imposer cette interprétation, d’où l’on en déduit qu’il est permis aux chercheurs d’essayer de l’approfondir ou même d’offrir de nouvelles perspectives d’interprétation. Il est superflu d’insister sur la prudence et la modestie nécessaire pour ce faire.
De notre part, c’est ce que nous avons tenté, sans prétention, dans les lignes qui suivent, ajoutant des concepts de la spiritualité de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, ainsi que des enrichissements de ces concepts apportés par l’éminent penseur et homme d’action brésilien, le professeur Plinio Corrêa de Oliveira, décédé en 1995. Deux de ses articles (respectivement de 1953 et 1958) constituent de véritables commentaires du troisième Secret, fait avec quatre décennies d’avance !
Nous avons intercalé des intertitres dans le texte de la troisième partie du Secret, que nous reproduisons tiré du document présenté par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Les numéros après chaque subdivision renvoient aux commentaires qui suivent.
« J.M.J.
« La troisième partie du secret révélé le 13 juillet 1917 dans la Cova de Iria – Fatima.
« J’écris en obéissance à Vous, mon Dieu, qui me le commandez par l’intermédiaire de son Exce Rév.me Monseigneur l’Evêque de Leiria et de Votre Très Sainte Mère, qui est aussi la mienne » (1).
« Après les deux parties que j’ai déjà exposées, nous avons vu sur le côté gauche de Notre-Dame, un peu plus en hauteur, un Ange avec une épée de feu dans la main gauche ; elle scintillait et émettait des flammes qui, semblait-il, devaient incendier le monde; mais elles s’éteignaient au contact de la splendeur qui émanait de la main droite de Notre-Dame en direction de lui; l’Ange, indiquant la terre avec sa main droite, dit d’une voix forte: Pénitence, Pénitence, Pénitence ! » (2)
« Et nous vîmes dans une lumière immense qui est Dieu : “Quelque chose de semblable à la manière dont se voient les personnes dans un miroir quand elles passent devant” un Évêque vêtu de Blanc, “nous avons eu le pressentiment que c’était le Saint-Père”. Divers autres Évêques, Prêtres, religieux et religieuses monter sur une montagne escarpée, au sommet de laquelle il y avait une grande Croix en troncs bruts, comme s’ils étaient en chêne-liège avec leur écorce ; avant d’y arriver, le Saint-Père traversa une grande ville à moitié en ruine et, à moitié tremblant, d’un pas vacillant, affligé de souffrance et de peine, il priait pour les âmes des cadavres qu’il trouvait sur son chemin; parvenu au sommet de la montagne, prosterné à genoux au pied de la grande Croix, il fut tué par un groupe de soldats qui tirèrent plusieurs coups avec une arme à feu et des flèches; et de la même manière moururent les uns après les autres les Evêques les Prêtres, les religieux et religieuses et divers laïcs, hommes et femmes de classes et de catégories sociales différentes » (3).
« Sous les deux bras de la Croix, il y avait deux Anges, chacun avec un arrosoir de cristal à la main, dans lequel ils recueillaient le sang des Martyrs et avec lequel ils irriguaient les âmes qui s’approchaient de Dieu » (4).
« Tuy - 3-1-1944 ».
1. Sœur Lucie écrit donc sur ordre de l’évêque de Leiria, Mgr José Alves Correia da Silva, et de la Mère de Dieu. Dans son livre Nouveaux documents de Fatima, le père Antonio Maria Martins S.J. transcrit un document des archives du chanoine Sebastião Martins dos Reis, dans lequel on lit : « Selon les déclarations écrites de la Mère Cunha Mattos, qui a été la supérieure de Sœur Lucie à Tuy et qui a reçu les confidences les plus intimes de la Voyante, la Sainte Vierge apparaît à la religieuse le 2 janvier 1944 et lui dit d’écrire la troisième partie du Secret. Cette apparition a lieu parce que la Voyante ne savait que faire, puisque l’évêque de Leiria lui ordonnait qu’elle l’écrive et l’archevêque de Valladolid, qui était responsable du diocèse de Tuy, lui disait que non » (op. cit., Éditions Loyola, São Paulo, 1984, pp. XXV-XXVI).
2. « Sœur Lucie partage l’interprétation selon laquelle la troisième partie du “secret” consiste en une vision prophétique, comparable à celles de l’histoire sainte », affirme Mgr Bertone dans le rapport de son colloque avec la voyante, le 27 avril 2000.
La vision se divise en trois scènes schématiquement distinctes mais qui s’articulent de façon très cohérente et profonde. Dans la première scène, comme le fait remarquer le cardinal Ratzinger dans son Commentaire théologique, « L’ange avec l’épée de feu à la gauche de la Mère de Dieu rappelle des images analogues de l’Apocalypse. Il représente la menace du jugement, qui plane sur le monde ».
L’ange – relate Sœur Lucie – par l’éclat de son épée « émettait des flammes qui, semblait-il, devaient incendier le monde ». Il est évident que l’ange n’exécuterait pas cette action de par sa propre décision mais qu’il avait reçu l’ordre de Dieu pour cela. D’où l’on déduit facilement que le monde est dans une situation spirituelle et morale telle qu’il mériterait d’être châtié par Dieu de cette façon. Et il semble qu’il s’agirait d’une destruction totale. C’est ainsi que l’interprète le cardinal Ratzinger : « La perspective que le monde pourrait être englouti dans une mer de flammes n’apparaît absolument plus aujourd’hui comme une pure fantaisie : l’homme lui-même a préparé l’épée de feu avec ses inventions ».
Le premier point à retenir est donc que l’humanité est tellement éloignée de Dieu et de son Église – ce qui se manifeste clairement par un refus théorique et/ou pratique de sa doctrine et de sa morale – que cela représente un acte de rébellion contre Dieu qui mérite un châtiment suprême. Il est fondamental de souligner cette conclusion, car de nombreux catholiques aujourd’hui, même très en vue, pensent, parlent et se comportent comme si la situation du monde était tout autre.
Cependant, la Sainte Vierge intervient et obtient de Dieu que l’ange ne mène pas son action jusqu’à son terme normal qui serait la destruction du monde. Les flammes lancées par l’ange en direction de la terre « s’éteignaient au contact de la splendeur qui émanait de la main droite de Notre- Dame en direction de lui » – décrit Sœur Lucie. Ce qui signifie que la Sainte Vierge a des plans de miséricorde pour le monde, et qu’elle veut lui donner une occasion de se sauver. Mais pour cela, il faut que l’humanité reconnaisse son péché et fasse pénitence. C’est pourquoi, dans le tableau final de cette scène, « l’Ange, indiquant la terre avec sa main droite, dit d’une voix forte: Pénitence, Pénitence, Pénitence ! ».
Le fait que l’ange clame « d’une voix forte » et qu’il répète le cri de « Pénitence ! » par trois fois indique qu’il ne s’agit pas d’une pénitence faite avec superficialité d’esprit, mais d’une pénitence sérieuse qui implique une conversion profonde. Ce qui, une fois de plus, dénote la gravité de l’état d’éloignement de Dieu dans lequel se trouve l’humanité.
La première scène est donc d’une cohérence parfaite.
3. Le monde semble à présent à moitié détruit (« une grande ville à moitié en ruine »). On est amené à conclure que l’intervention de la Sainte Vierge a empêché une destruction totale, mais non une destruction partielle. Les hommes n’ont évidemment pas fait la pénitence nécessaire : le châtiment s’est déclenché.
Le personnage central de cette scène est le Saint Père qui, avec « divers autres Evêques, Prêtres, religieux et religieuses » monte « sur une montagne escarpée, au sommet de laquelle il y avait une grande Croix en troncs bruts ». Cependant, avant d’y arriver, le Pape traverse « une grande ville à moitié en ruine et, à moitié tremblant, d’un pas vacillant, affligé de souffrance et de peine, il priait pour les âmes des cadavres qu’il trouvait sur son chemin ». La scène est donc celle d’une catastrophe épouvantable.
Il ne serait pas exagéré de la qualifier d’apocalyptique, de même que l’ange qui l’a déclenchée (tout en précisant qu’il ne s’agit pas de la fin du monde).
Que se sera-t-il passé ? Selon l’interprétation du prélat, « on peut trouver représentée dans ces images l’histoire d’un siècle entier. De même que les lieux de la terre sont synthétiquement représentés par les deux images de la montagne et de la ville, et sont orientés vers la croix, de même aussi les temps sont présentés de manière condensée : dans la vision, nous pouvons reconnaître le siècle écoulé comme le siècle des martyrs, comme le siècle des souffrances et des persécutions de l’Eglise, comme le siècle des guerres mondiales et de beaucoup de guerres locales ».
En d’autres termes, ce que la vision représente comme une scène unique est en réalité une superposition de scènes analogues, de persécutions contre l’Église et de destructions (guerres) qui s’échelonnent au long du siècle et qui, malheureusement, sont loin d’être terminées. Il suffit d’avoir à l’esprit les persécutions contre les catholiques qui ont lieu aujourd’hui dans différentes parties du monde, et les nombreux conflits existant entre peuples et nations.
De cette même superposition de scènes, le cardinal Ratzinger avance que, dans la pénible montée sur la montagne, « nous pouvons sans aucun doute trouver rassemblés différents Papes qui, depuis Pie X jusqu’au Pape actuel, ont partagé les souffrances de ce siècle et se sont efforcés d’avancer au milieu d’elles sur la voie qui mène à la croix. Dans la vision, le Pape aussi est tué sur la voie des martyrs ».
Et d’ajouter : « Lorsque, après l’attentat du 13 mai 1981, le Pape se fit apporter le texte de la troisième partie du « secret », ne devait-il pas y reconnaître son propre destin ? »
Bien que ce rapprochement entre le troisième secret et l’attentat de Jean Paul II n’ait pas obtenu l’unanimité dans les milieux catholiques, il devait être mentionné respectueusement ici. Certains, sans exclure cette hypothèse – selon laquelle l’attentat se place dans le contexte des persécutions contre l’Église symbolisées par la vision – préfère voir dans l’image de « l’évêque vêtu de blanc » plus un symbole des différents papes qu’une personne en particulier, comme l’a déclaré par exemple, l’évêque de Leiria-Fatima, Mgr Serafim de Sousa Ferreira e Silva(cfr. Corriere della Sera, 27/6/00). Ce qui d’ailleurs est aussi l’opinion du cardinal Ratzinger lui-même, dans le passage cité ci-dessus.
De toutes façons, la longue série de martyrs décrits dans le troisième Secret – qui évoque également « divers laïcs, hommes et femmes de classes et de catégories sociales différentes » – continue de nos jours et l’on ne peut exclure que la haine des ennemis de la foi ne les amène à perpétrer de nouveaux attentats de magnitude égale ou plus grande encore.
Quels sont les agents humains de ces attentats et de ces destructions, représentés dans la vision par un « groupe de soldats qui tirèrent plusieurs coups avec une arme à feu et des flèches » contre le Saint Père et ceux qui le suivent, les tuant les uns après les autres ?
Selon l’indication de Sœur Lucie dans une lettre adressée à Jean Paul II le 12 mai 1982, la troisième partie du Secret doit être interprétée à la lumière de la deuxième partie et plus spécifiquement des paroles : « Si on accepte mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix ; sinon elle répandra ses erreurs à travers le monde, favorisant guerres et persécutions envers l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, diverses nations seront détruites ». Et elle-même commente : « Comme nous n’avons par tenu compte de cet appel du Message, nous constatons qu’il s’est réalisé, la Russie a inondé le monde de ses erreurs. Et si nous ne constatons pas encore la réalisation totale de la fin de cette prophétie, nous voyons que nous nous y acheminons peu à peu à grands pas ».
Faisant référence pour la première fois au texte du troisième secret, le 13 mai 2000, le cardinal Sodano généralise l’agent humain de ces persécutions à tous les systèmes athées du XXe siècle. Cela se comprend très bien puisque le socialisme comme le nazisme sont des adeptes, déclarés ou masqués, des erreurs du communisme, même lorsqu’ils se présentent sous un aspect qui lui est opposé et se projettent ainsi plus ou moins métamorphosés dans le XXIe siècle.
C’est donc tout ce que le monde a de sécularisé et d’amoral aujourd’hui – il suffit de penser à l’avortement, à l’amour libre, à l’union civile entre homosexuels que l’on prétend légaliser partout, aux attaques contre le droit de propriété, à l’égalitarisme le plus radical qui refuse même les différences sociales justes, proportionnées et harmonieuses – c’est tout ce monde qui se jette avec révolte contre Dieu et la Sainte Église.
Il y a lieu, enfin, de se demander quel est le fruit de ces sacrifices passés, présents et futurs. La troisième scène de la vision nous l’indique.
4. La prophétie de Fatima n’aura sa conclusion que lorsque l’humanité pécheresse se rapprochera de Dieu. Mais pour que ce retour soit possible, il est indispensable qu’il soit irrigué par des grâces très spéciales, symbolisées par le sang des martyrs que les anges versent sur les âmes qui s’en étaient éloignées (si elles « s’approchaient de Dieu », c’est évidemment qu’elles en étaient éloignées) et qui reviennent vers Lui.
La Terre purifiée et renouvelée par le sang des martyrs authentiques correspond à la notion de Royaume de Marie dont parle saint Louis-Marie Grignion de Montfort dans son célèbre Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge : « Heureux temps où la divine Marie sera établie Maîtresse et Souveraine dans les cœurs, pour les soumettre pleinement à l’empire de son grand et unique Jésus (...) Ut adveniat regnum tuum, adveniat regnum Mariae » (n° 217). Notion en parfaite adéquation avec la phrase célèbre qui termine la deuxième partie du secret de Fatima : « A la fin mon Cœur Immaculé triomphera ».
Ou bien ce triomphe a lieu surtout dans les cœurs – comme le souligne saint Louis Marie Grignion de Montfort – ou bien tout le déroulement de la troisième partie du secret est dénué de sens. Car ce n’est que par le retour stable de l’humanité à Dieu – ce que l’on pourrait appeler un « Grand Retour » (notion qui tire son inspiration d’un mouvement spirituel en France ayant pour objectif de promouvoir le grand retour des âmes à Jésus par Marie) – qu’il sera possible au monde d’avoir effectivement « un certain temps de paix », comme la Sainte Vierge l’a promis(cfr. texte du deuxième secret).
« Haec est dies quam fecit Dominus: exsultemus et laetemur in ea. – Castigans castigavit me Dominus et morti non tradidit me ». « Voici le jour qu’a fait le Seigneur : réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse. – Châtiant, le Seigneur m’a châtié mais il ne m’a pas livré à la mort » (Ps. 117, 24, 18).
Ainsi, il est permis de penser que les trois parties du secret connues aujoud’hui forment un tout unique qui a pour centre la gloire de Dieu, l’exaltation de la Sainte Église et le bien des âmes dans ce monde et dans l’autre, résultat de l’intercession très puissante du Cœur Immaculé de Marie auprès du Cœur de son divin Fils, Jésus.
La phrase « Au Portugal, on conservera toujours le Dogme de la Foi » se termine, dans le manuscrit de Sœur Lucie (Mémoires IV, p. 340), par un « etc… ». En écrivant ces Mémoires IV, Sœur Lucie déclarait explicitement que : « A l’exception de la partie du secret qu’il ne m’est pas permis de révéler pour le moment, je dirai tout, ne laissant volontairement rien de côté » (p. 316). On arrivait ainsi facilement à la conclusion que la troisième partie du Secret s’insérait précisément ici.
Cette révélation étant enfin faite, le 26 juin 2000, la phrase en question doit donc être considérée, sauf éclaircissements ultérieurs, comme concluant la deuxième partie du Secret et non comme la phrase initiale de la troisième partie, ainsi qu’on a pu le penser. C’est ce qu’a expressément déclaré Mgr Tarcisio Bertone, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, lors de la présentation du document à la Sala Stampa du Vatican, à la date mentionnée ci-dessus.
Cette phrase est intéressante car, placée de cette façon à la fin du deuxième Secret, elle semble suspendue en l’air, ce qui portait les lecteurs à l’idée que le troisième Secret en était un développement. Or comme le troisième Secret maintenant révélé constitue un ensemble d’une nature bien distincte du second – une vision et non un texte discursif – une relecture de ce deuxième Secret s’impose, en prenant cette phrase comme phrase finale.
Or, les « fatimologues », de façon pratiquement unanime, pensaient la chose suivante : puisque la Sainte Vierge a jugé nécessaire de relever le fait qu’une nation – le Portugal – conserverait le dogme de la foi (ce qui d’ailleurs n’excluait pas que le dogme y reçut de sérieux coups), c’est qu’une grande crise de la foi atteindrait le monde entier.
Une crise de la foi d’une telle importance débouche naturellement sur une crise de l’Église, ou plutôt est au cœur même d’une crise de l’Église.
Le fait que la troisième partie du Secret, maintenant révélée, ne contienne pas ce développement, n’invalide en rien cette analyse, d’autant plus qu’il suffit d’avoir des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Des livres volumineux ont déjà été écrits sur le sujet. Pour les effets de cette note, il suffit de rappeler les célèbres déclarations de Paul VI sur le processus « d’autodémolition » introduit dans l’Église durant la crise post-conciliaire (allocution du 7 décembre 1968 aux élèves du séminaire Lombard), et la terrible impression du Pontife selon laquelle, après le Concile, « par quelque fissure, la fumée de Satan a pénétré dans le Temple de Dieu » (allocution du 29 juin 1972, lors de la commémoration de la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul). Jean-Paul II s’est également référé plusieurs fois à cette crise et, dans un document solennel, a dénoncé les graves erreurs doctrinales et pratiques en matière de morale qui sont entrées dans l’Église, « dans le cadre des discussions théologiques post-conciliaires » (encyclique Veritatis Splendor du 6 août 1993, n° 29).
Quelle liaison établir entre cette crise et ce qui est dit dans la deuxième partie du Secret ?
Un des aspects les plus épouvantables de la crise de l’Église est justement l’infiltration gauchiste dans les milieux catholiques. Cet aspect était déjà si alarmant en 1968, que cette année là, 1.600.368 Brésiliens, 266.512 Argentins, 121.210 Chiliens et 37.111 Uruguayens signèrent un message à S. S. le pape Paul VI demandant des mesures urgentes pour contenir cette infiltration (ces pétitions mémorables furent recueillies par les Sociétés pour la défense de la Tradition, Famille et Propriété des pays respectifs).
Il serait d’ailleurs très réducteur de restreindre les erreurs du marxisme aux aspects économiques, sociaux ou politiques. Son égalitarisme radical est de nature métaphysique et atteint toutes ses conceptions anthropologiques, morales et, paradoxalement, théologiques (malgré son athéisme fondamental). C’est pour cela, qu’en 1984, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi se vit dans l’obligation de dénoncer, dans un document de large répercussion, l’infiltration des erreurs marxistes jusque dans certains courants de la théologie de la libération.
Or, le communisme est exactement le fléau par lequel Dieu veut punir le monde de ses crimes. La Sainte Vierge dit, dans la deuxième partie du Secret, que « la Russie répandra ses erreurs à travers le monde ». Quand nous voyons que ces erreurs atteignent la barque sacro-sainte de l’Église catholique, la corrélation entre le cœur du deuxième Secret et sa phrase finale, relative à la conservation de la foi au Portugal, s’éclaire et dévoile à nos yeux la crise de l’Église.
Ainsi, il est permis de penser que, si la Sainte Vierge n’a pas jugé nécessaire d’exposer en détails cette crise, elle nous a cependant laissé, dans sa bonté maternelle, une simple phrase à partir de laquelle, non seulement les théologiens expérimentés, mais aussi les simples fidèles instruits, pouvaient déduire l’existence d’une crise de la foi – crise de l’Église et ouvrir les yeux à ce sujet.
De sorte que cette phrase apparemment suspendue en l’air – « au Portugal on conservera... » – est riche de sens et de contenu, et nous alerte sur une poignante réalité dont l’extension et la transcendance ne seraient pas évaluées, sans elle, dans toute leur importance par la majorité des personnes.
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On peut donc conclure que les révélations de la Sainte Vierge à Fatima, loin d’avoir perdu leur actualité, constituent une lumière très importante et même vitale pour orienter les fidèles dans l’immense crise contemporaine.
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