Lettre de la TFP au Très Révérend Père
Robert P. Maloney, Supérieur Général de la Congrégation de la Mission, le 30 juillet 2002

Mon Très Révérend Père,

En date du 17 juin dernier, je vous adressais une copie de ma lettre au Père J. Daniel Planchot, responsable de la Chapelle de la rue du Bac à Paris, dans laquelle je rectifiais les affirmations erronées que ce dernier diffuse au sujet de notre association ; j’espère que vous l’avez bien reçue.

Je vous écris aujourd’hui pour vous exprimer ma profonde tristesse et ma grande perplexité suite à l’article intitulé "Avertissement" publié dans le numéro 161 de juin 2002 du bulletin "Le lien", bulletin de liaison du Conseil National de France, publié par la Société de Saint Vincent de Paul. On peut y lire, en page 18 :

"Avertissement

"Vous avez peut-être reçu par la poste, une publicité pour la "Diffusion de la Médaille miraculeuse", accompagnée d’un feuillet portant une neuvaine à réciter et une médaille collée (soit disant bénie), le tout accompagné bien sûr d’un appel de fonds (minimum 20 euros !).

"Ce tract provient d’une secte : Tradition, Famille, Propriété.

"Cette secte est originaire du Brésil, où elle est là-bas très violemment anti-catholique. En France, elle cherche à se faire admettre comme un mouvement catholique et se sert, par exemple, des messages de Jean-Paul II, et maintenant de la Médaille !

"La Congrégation de la Mission et l’Association de la Médaille Miraculeuse sont en train de voir, avec l’aide de la Conférence des Evêques de France, comment porter plainte en justice pour faire cesser cette campagne.

"En attendant il est important pour nous d’en parler. Il est scandaleux qu’une secte se serve d’un tel moyen pour ramasser de l’argent auprès de personnes crédules."

La publication de cette attaque contre l’association que je préside me paraît profondément injuste. Elle véhicule des contre-vérités et porte gravement atteinte à notre honneur de catholiques.

Surtout, ce genre d’affirmation prétend exclure brutalement des fidèles catholiques de l’Eglise sans même leur accorder le droit élémentaire de se défendre.

Cette attitude d’exclusion à notre égard, dans un temps où l’on pratique une si large ouverture vis à vis de tant d’autres, y compris certains qui manifestent une hostilité ouverte contre l’Eglise, me semble peu compréhensible et soyez sûr qu’elle choque les dizaines de milliers d’amis de la TFP en France.

Le bulletin "Le lien" qui publie cette injuste agression affiche comme devise : "La seule règle à poser pour les actions humaines, la seule qui doive les gouverner, c’est la loi d’amour". Est-ce bien la loi d’amour qui a guidé la rédaction de cette attaque injuste ?

Permettez-moi, mon Très Révérend Père, de rectifier les principales accusations erronées de cet "Avertissement" :

-- Les médailles que nous diffusons gratuitement sont au préalable bénies par des prêtres catholiques. On ne comprend pas ce qui permet au bulletin "Le lien" d’utiliser l’expression "soit disant bénie", si ce n’est une triste volonté de dénigrer sans fondement.

-- L’appel de fonds est le moyen qui permet d’assurer une large diffusion gratuite de la Médaille. Le don n’est en rien obligatoire, et les personnes qui soutiennent notre campagne donnent ce qu’elles souhaitent. Nous procédons en cela comme toutes les associations du monde et il n’y a vraiment pas de quoi nous en faire grief.

-- Nous récusons avec vigueur l’injuste accusation de secte. La TFP n’est pas une secte, c’est une association de fidèles laïcs, librement constituée, et dont les membres proclament leur appartenance à l’Eglise. Je fais mienne, Mon Très Révérend Père, et avec moi tous les membres de la TFP, cette profession de foi du Professeur Plinio Corrêa de Oliveira, fondateur de la TFP, qui figure dans son testament :

"Je déclare que j’ai vécu et espère mourir dans la sainte Foi catholique, apostolique et romaine, à laquelle j’adhère de toute mon âme. Je ne trouve pas de mots pour remercier la Sainte Vierge de la faveur d’avoir vécu dès mes premiers jours, et de mourir, comme je l’espère, dans la Sainte Eglise, à laquelle j’ai voué, je voue et j’espère vouer jusqu’au dernier soupir, absolument tout mon amour. De telle sorte que toutes les personnes, institutions et doctrines que j’ai aimées au cours de ma vie, et que j’aime encore, je ne les ai aimées que parce qu’elles étaient ou sont en conformité avec la Sainte Eglise, et dans la mesure où elles étaient ou sont en conformité avec Elle. Je n’ai également jamais combattu d’institutions, de personnes ou de doctrines que parce qu’elles étaient en opposition, et dans la mesure où elles étaient en opposition, avec la Sainte Eglise catholique.

"Je remercie également la Sainte Vierge – sans qu’il me soit possible de trouver de mots suffisants pour le faire – de la grâce d’avoir lu et diffusé le "Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge", de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, et de m’être consacré à Elle comme esclave perpétuel. Notre Dame a toujours été la lumière de ma vie, et j’attends de sa clémence qu’Elle soit ma lumière et mon secours jusqu’au dernier moment de mon existence".

On ne voit pas quelle est l’autorité du bulletin "Le lien", ni même de la Congrégation de la Mission, pour exclure des catholiques de l’Eglise et les taxer injustement de "secte" sans même leur donner la possibilité de se défendre et en les calomniant publiquement.

-- Si la TFP est bien originaire du Brésil, pays de plus large population catholique, ce dont nous sommes fiers, l’expression "secte originaire du Brésil" collant l’expression péjorative de "secte" à une origine nationale quelle qu’elle soit semble vouloir susciter un éventuel sentiment de rejet : nous ne serions pas catholiques... et même pas Français ! Je suis au regret de vous dire que ce procédé n’est pas digne d’un bulletin chrétien. "Il n'existe donc pas d'inégalité dans le Christ et dans l'Église en raison de la race ou de la nation" (Lumen Gentium, 32).

-- "Là-bas"... la TFP n’est en rien "violemment anti-catholique" et cette affirmation gratuite est dénuée de tout fondement. Il s’agit encore une fois d’exclure, sans aucune raison, un mouvement de fidèles catholiques. Comme vous le savez sans doute, Mon Très Révérend Père, plusieurs ouvrages de la TFP, et spécialement de son fondateur le Professeur Plinio Corrêa de Oliveira, ont reçu de chaleureux éloges du Saint Siège ou de hautes personnalités ecclésiastiques.

-- En France la TFP ne "cherche" pas à se "faire admettre" comme un mouvement catholique, elle affirme sereinement, même contre ses injustes détracteurs, qu’elle est un mouvement de fidèles catholiques. En arriver à insinuer que se faire l’écho des messages de Jean Paul II et de la Médaille miraculeuse serait une preuve de notre pseudo-anticatholicisme est un raisonnement douteux. Et même si par le plus grand des malheurs la TFP n’était pas catholique mais "cherchait à se faire admettre", pourquoi alors la rejeter avec dégoût ? Un mouvement de non-catholiques qui chercherait à se rapprocher de l’Eglise ne devrait-il pas faire l’objet d’un accueil véritablement oecuménique ? Cette attitude de rejet est douloureusement incompréhensible.

-- Les activités de la TFP sont en scrupuleuse conformité avec les lois de ce pays, une plainte en justice ne pourra qu’en apporter la confirmation. Ce n’est donc pas un procès qui pourra faire cesser cette campagne. Je me permets également de vous rappeler respectueusement que la dénonciation calomnieuse est un délit réprimé par la loi.

-- S’il est important pour la Société de Saint Vincent de Paul, pour la Congrégation de la Mission et pour le bulletin "Le lien" de parler de notre campagne, alors je vous demande de faire publier les présentes rectifications aux affirmations gravement erronées de cet "Avertissement".

-- De nouveau je réaffirme que la TFP n’est en rien une secte, elle n’utilise pas la médaille pour "ramasser de l’argent" mais organise une campagne de divulgation gratuite de la médaille avec l’aide de ses donateurs ; ceux-ci ne sont pas des "personnes crédules" et l’on ne voit pas là non plus ce qui vous permet de les mépriser de la sorte. D’autant plus que certains sont également donateurs de la Congrégation de la Mission, notamment ceux qui ont eu à coeur de nous transmettre ce numéro du bulletin "Le lien".

Mon Très Révérend Père, je suis profondément troublé et attristé par ces violentes attaques et par cette attitude d’exclusion et de rejet.

Je ne comprends pas le refus de dialogue et l’agressivité manifestés à l’égard de la TFP.

Dans une société qui devient de plus en plus sécularisée et parfois même anti-catholique, le rôle de fidèles laïcs réunis en association comme la nôtre est très important, comme vient encore de le rappeler Jean Paul II aux jeunes à Toronto.

Nous ne demandons que le droit d’exister. Est-il possible de ne pas se voir refuser ce droit par la Congrégation de la Mission ?

Dans l’espoir de voir rectifiées les affirmations infondées du bulletin "Le lien" et d’établir avec vous un dialogue fructueux, lequel pourrait par exemple commencer par un simple petit mot en réponse à cette lettre, je me recommande, ainsi que toute la TFP, à vos prières. De mon côté, je ne manquerai pas d’aller prier saint Vincent, rue de Sèvres, comme à mon habitude, afin qu’il vous éclaire.

Je vous prie de croire, Mon Très Révérend Père, à ma profonde et respectueuse considération.



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